G.Orwell voyait déjà dans les années 1950 la démocratie des années 2000 : un désastre de la représentation en France et en Europe …. La Suisse est peut être un peu à l’écart mais le mal progresse là aussi . Ainsi GEORGE ORVELL ne nous a pas seulement prévenus contre les dictatures : il voyait le cancer des démocraties occidentales…. Ce serait presque rassurant de ne pas croire ça. Cependant dans « La Ferme des animaux », le plus terrible, ce n’est pas seulement qu’un pouvoir s’installe. C’est que les animaux voient les choses changer sous leurs yeux… et qu’on leur explique qu’ils ont mal vu. Ils se souviennent qu’on leur avait promis l’égalité, mais on leur explique qu’ils avaient mal compris le mot « égalité » Ils sentent une injustice, mais on leur répond que c’est nécessaire. Ils voient les cochons devenir ce qu’ils avaient juré de combattre, mais Brille-Babil arrive, avec ses phrases bien tournées, ses explications rassurantes, sa manière de transformer le mensonge en bon sens. Il ne frappe pas. Il parle. Et parfois, c’est plus dangereux. Parce qu’un mensonge brutal réveille. Mais un mensonge bien raconté endort. Peu à peu, les mots changent de camp. L’exploitation devient effort collectif. La peur devient prudence. L’obéissance devient maturité. La fatigue devient manque d’adaptation. Et le peuple ne perd pas seulement sa liberté il perd confiance dans ce qu’il voit. C’est peut-être ça, la vraie violence : ne plus savoir si ce qu’on ressent est légitime. Ne plus savoir si ce qu’on voit est réel. Ne plus savoir si l’on est lucide… ou simplement trop sensible. Et pendant ce temps, il y a Malabar, le cheval qui travaille encore. Encore un peu plus. Encore plus fort. Comme tant de gens aujourd’hui qui se disent : « Si je tiens encore, ça ira. Si je travaille plus, m’en sortirai ». « Si je ne me plains pas, on finira par reconnaître mes efforts » Mais un système sans âme ne reconnaît pas la loyauté. Il utilise, puis il remplace. Et autour, les moutons répétent. Pas parce qu’ils comprennent, mais parce qu’ils « couvrent » et « couvent » la pensée. Ils font du bruit là ou il faudrait du courage. Ils répètent assez fort pour que plus personne n’entende ce qui cloche vraiment. Et c’est peut-être la question que le livre nous laisse entre les mains : à partir de quand avons-nous commencé à douter de notre propre regard ? Car une société ne s’abîme pas seulement quand on lui ~ retire ses droits. Elle s’abîme aussi quand les mots ne servent plus à dire le réel mais à le maquiller. Quand on ne sait plus dire « je suis fatigué » sans entendre « tu es faible » Quand on ne sait plus dire « ceci est injuste » sans entendre « tu exagères ». Quand on ne sait plus poser une vraie question sans être reposée dans un camp. Et peut être que c’est là, le vertige de notre époque. On parle tout le temps, partout, sur tous les réseaux… mais souvent, ce n’est plus de la parole. C’est du bruit. Un bruit immense, qui donne l’impression que tout le monde s’exprime, alors que parfois, plus personne n’écoute vraiment. Et c’est là qu’Orwell nous glace encore. Parce que la cage la plus solide n’est pas toujours celle qu’on voit. C’est celle où l’on entre doucement, en répétant les mots de ceux qui nous enferment. Alain PONTOISE Reply
Je ne suis pas sûr que ce commentaire ait une relation avec le sujet du billet, mais la miséricorde et l’esprit de non-censure m’obligent à l’accepter. Reply