Les divagations démocratiques font que le peuple et les cantons suisses ont le privilège de pouvoir régulièrement se prononcer à propos de questions importantes, moins importantes, et débiles.
Cette initiative, qui fait l’objet d’une votation le 17 septembre prochain, est du troisième genre ; et, en partie, la réponse du Conseil fédéral aussi. Elle est cependant révélatrice d’un état d’esprit écolo-bobo-tortionnaire détaché de la réalité.
Faisons court : je me joins à l’unanimité du Parlement et à la position du Conseil fédéral pour refuser cette initiative.
Cela dit, l’habitude du Conseil fédéral est agaçante de saluer toute initiative comme importante et de louer ses intentions. Ensuite, l’argument massue pour la refuser est qu’elle va trop loin. C’est toujours le cas lorsqu’il est question d’écologisme ou de socialisme, comme si l’on craignait d’appeler chat un chat. Tout serait donc bon, sauf qu’il ne faut pas aller trop loin dans leur direction. Lui viendrait-il à l’idée que, non, justement, rien de bon ne se trouve dans ces entreprises de minage systémique de notre vie politique ?
Revenons à l’initiative : elle consiste à imposer aux agriculteurs des objectifs et des modes de production différents, au nom d’une soi-disant protection de la biodiversité et de la lutte contre le réchauffement climatique (eh non, « respectueux pour le climat » ne saurait être une obligation constitutionnelle, le climat n’a pas de personnalité respectable). L’aspect d’autarcie est souligné, passer de 50 % à 70 % d’autosuffisance, mais au vu de la liste des soutiens à cette initiative, ce n’est qu’un prétexte d’écolos pas si souverainistes que ça. Les agriculteurs pourraient s’en accommoder, du moins ceux qui ont cessé d’être des entrepreneurs indépendants. Mais elle implique aussi une obligation pour la Confédération qui devrait prendre « notamment des mesures destinées à promouvoir un mode d’alimentation davantage axé sur les denrées alimentaires végétales ». C’est donc une initiative pour l’éducation du peuple, cet éternel enfant irresponsable qui ne saurait s’alimenter comme il le désire.
Au-delà des importations de l’excellente viande argentine, brésilienne ou néozélandaise qui augmenteraient notablement, et qui sont plus coûteuses que des fourrages, il est vraisemblable que les initiants n’ont pas considéré un élément important de bilan climatique. Les flatulences induites par la surconsommation de protéines végétales provoqueraient un triplement des émissions de méthane par les voies digestives. Ce gaz à effet de serre exerce un forçage radiatif qui est 30 à 35 fois plus intense que le CO2. S’ils savaient ça, les initiants retireraient leur initiative, et cesseraient de consommer des légumineuses. Car tout est sérieux pour eux, surtout si c’est anthropique, même minime.
Et puis il y a de la perfidie bio dans tout ça, cette mode pour riches et anxieux de l’être. Il faudrait donc que la Confédération fasse « la promotion de plants et semences naturels et reproductibles ». Si cela avait à voir avec le sujet ça se saurait, surtout la reproductibilité de plants.
Un dernier petit coup, pour la route : l’alinéa 2 nouveau de l’article 74a imposerait à la Confédération de respecter strictement « des valeurs maximales que l’Office fédéral de l’agriculture et l’Office fédéral de l’environnement ont définies en 2008 pour le phosphore et les composés azotés … ». La Constitution introniserait ainsi les édits de ces Offices en valeur intangible. Il est incompréhensible que la Chancellerie fédérale ait validé un tel texte ; heureusement qu’il sera rejeté !
(Entre guillemets et en italique : des éléments du texte même qui est soumis au vote)
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