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À qui profite la preuve ? — Les méandres d’une collusion troublante entre science et politique

À qui profite la preuve ? — Les méandres d’une collusion troublante entre science et politique

La connaissance est scientifique lorsqu’elle est obtenue de manière ouverte à la critique et à la réfutation. Elle n’atteint jamais toute la vérité mais doit être dénuée de mensonges ou occultations. Elle ne livre aucune certitude mais s’efforce de restreindre les incertitudes.
Science n’est pas opinion : elle ne fonctionne pas par consensus et n’est pas jugeable par décision démocratique.
Exprimant une volonté politique de faire progresser les connaissances, l’État met à disposition des moyens à l’endroit des milieux scientifiques et techniques : infrastructures, services généraux et budgets de fonctionnement. En aucun cas il ne devrait prédéterminer les résultats à atteindre. La bonne science n’a pas à confirmer les vœux des politiques, même si, pour de bonnes raisons, cela puisse coïncider.
Le financement par l’État de la recherche scientifique, technique et humaine est nécessairement associé à des choix de domaines prioritaires et à la fixation de budgets. Ce sont là des décisions politiques. Cependant, la science n’est pas qu’une affaire d’État ; la R&D est pratiquée avant tout par des entités privées, entreprises ou instituts fondés à cet effet.
Une responsabilité est déléguée à l’État concernant l’usage des connaissances scientifiques et la tolérance aux risques qui en découlent directement et indirectement. Consulter des experts scientifiques ou techniques sera toujours nécessaire car nul n’est omniscient, mais cela ne transforme pas ces derniers en décideurs. Si le politique doit fonder son opinion et ses actions sur des connaissances scientifiques et des approches rationnelles et cohérentes, il ne peut s’abriter derrière une science qui lui servirait d’alibi ou de pseudo-certitude.
Chercheurs et savants jouissent de la liberté académique, limitée par les seules exigences de qualité méthodologique qui est en général disputée et jugée par leurs pairs. De plus, cette liberté doit rester ouverte à la réfutation qui peut aussi provenir d’en dehors des cercles établis.
Des devoirs sont associés à l’exercice de cette liberté : d’enseignement et de vulgarisation, de formation, de publication et de fourniture d’expertise dans les domaines de compétence. C’est aussi à cela que la science est utile.
Cela implique un devoir de réserve : en tant que tel, un professionnel de la science et des techniques ne doit pas profiter de son statut d’autorité pour se mettre au service d’une cause politique, quelles que soient ses préférences personnelles. Sa prudence doit être d’autant plus grande qu’il détient le pouvoir du sachant vis-à-vis du néophyte.
Il n’y a pas plus de conflit d’intérêts à effectuer des travaux scientifiques au service d’une industrie, d’une association privée que d’une entité étatique. Ce qui compte est la probité de l’agent qui s’y engage, son indépendance d’esprit et la vérifiabilité de ses travaux. Cela vaut tant pour la pratique de la R&D que pour les mandats d’expertise.
Les scientifiques se disputent à propos de leurs découvertes, inventions et interprétations afin de faire progresser leurs connaissances. C’est là le contraire du débat ou de l’affrontement politique dont le but est de convaincre et d’emporter une décision. Si, dans les débats politiques, il est légitime de choisir de bons arguments pour défendre sa cause, cela ne saurait se faire au nom d’une science qui serait concluante et immuable.
Les principes énumérés ci-dessus sont constamment violés par des acteurs politiques, des scientifiques, et aussi par leurs institutions. Ils sont généralement mal compris et dévoyés par trop de médias. Ils sont aussi oubliés par les adeptes de croyances ou d’idéologies dont l’absolu primerait sur la raison raisonnante et pour qui le mensonge, y compris les exagérations, serait légitime. Les erreurs et les imprécisions se corrigent, cela peut prendre du temps et des efforts. Les malversations sont à dénoncer et combattre sans attendre.
N’étant pas fabricante de certitudes, la science ne permet jamais d’éliminer le doute. Lancer des alertes, soulever des questions qui dérangent des consensus ou des habitudes, proposer des alternatives méritant d’être étudiées, c’est contribuer au progrès des sciences et des techniques.
Il s’agit bien sûr de le faire avec la modération que permettent des arguments plausibles, sinon cela devient du complotisme généralisé. En revanche, traiter tout contradicteur de semeur de doute, c’est se croire détenteur de la vérité, ce qui est pour le moins une contradiction pour des scientifiques dignes de cette dénomination. Et au pire, c’est une infamie que commettent des infatués de convictions mal défendables.
Tous les bords sont concernés par le mésusage de la science à des fins politiques, de la gauche à la droite en passant par le haut, le bas, l’extrême centre et le nihilisme. Il ne faut pas non plus que, comme en avertissait le président Eisenhower dans son fameux discours d’adieu, la politique puisse elle-même devenir captive d’une élite scientifique et technologique.
En fin de compte, c’est le peuple qui ne doit pas se voir trompé, qui ne s’y retrouverait pas et se verrait ainsi dénier ses libertés, ses responsabilités et son pouvoir de décision.
Cet essai est le fruit de réflexions personnelles, de lectures et d’échanges, il n’a aucune ambition d’être un ouvrage savant. Toute critique à ce sujet sera certes méritée mais inutile.


Cet article est le résumé d’un essai sur l’un des thèmes phares du réseau Carnot·Cournot·Netzwerk (www.c-c-netzwerk.ch) : la relation entre science et politique. Il est important d’en définir et de comprendre les contours avant de défendre une quelconque position. Ce n’est ni simple ni facile, et cela est souvent considéré comme « élitiste », mais c’est bien là une contribution essentielle de CCN.
Ci-dessous, le texte complet de cet essai qui peut être téléchargé.
Il est aussi disponible en traduction allemande.


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2 thoughts on “À qui profite la preuve ? — Les méandres d’une collusion troublante entre science et politique”

  1. Je me réjouis de lire l’essai complet.
    Concernant « LA vérité », c’est évidemment toujours une approche que l’on peut qualifier d’asymptotique. Je redis une nouvelle fois ici ce que j’ai déjà écrit sur ce blog :
    Le grand, et pourtant méconnu, théologien suisse, Hans Urs von Balthasar (1905-1988) a proposé l’idée que « la vérité est symphonique ». Cette qualification musicale, que je trouve éminemment pertinente et riche de sens, permet de cerner une vérité avec tout son « spectre » non pas « musical » proprement dit, mais riche de significations. Ainsi tout intégrisme et toute rigidité dogmatique sont éliminés. Il y a certes une vérité, toujours cachée, mais comme habillée de couleurs symphoniques. Ce n’est pas ici la porte ouverte au relativisme, mais au simple réalisme qui permet de contempler, saisir même la vérité, comme chacun des auditeurs peut saisir avec bonheur ou satisfaction intellectuelle plus ou moins complète l’ensemble d’une vaste symphonie, une œuvre complexe par nature, accessible différemment par tout un chacun, mais la symphonie en question reste effectivement « une » et uniquement accessible asymptotiquement.
    Cela dit, lisons encore tout l’essai !

    1. Merci cher Christophe!
      Cette description de la vérité est riche, simultanément faite d’expériences personnelles et de rationalité, bien différente de celle qu’un scientisme mal placé prétend poursuivre.

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