La performance démocratique en question

La performance démocratique en question

Sans revenir sur les tenants et aboutissants du vote du 14 juin dernier à propos d’une initiative constitutionnelle visant à limiter la population en Suisse[1], son résultat interpelle. D’une part le fameux Rösti Graben est une fois de plus confirmé, avec la Suisse romande clairement opposée à cette initiative, et d’autre part le fossé entre ville et campagne se montre irrémédiable[2].

Malgré ces disparités la sanction est claire : la chose et conclue… pour un certain temps. Car personne ne prétend à une solution politique qui serait « finale », sauf les populistes de tous bords. Pas de manifs ni de grève, seulement des réjouissances et des regrets, bien qu’accompagnées d’extrapolations démesurées ou d’intentions revanchardes.

Même au sein d’une polarisation extrême avec des majorités confuses, il est possible de prendre des décisions acceptables et acceptées.

Dans quel pays possédant des institutions quelque peu républicaines la polarisation n’est-elle pas menée jusqu’à l’absurde ? Aux États-Unis la bonhomie entre Démocrates et Républicains est devenue hargne et désunion. En Europe les pares-feux contre des partis décrétés imbuvables par une bienpensance hégémonique sont une parodie dans laquelle les uns tout comme les autres prétendent « sauver la démocratie ». Une Union européenne a maintenant atteint l’âge de la retraite sans avoir su construire des institutions autres que technocratiques et bureaucratiques, sans de réelles délégations de souveraineté. On n’envoie au Parlement et à la Commission que des politiciens de second couteau, comme si cela ne devait avoir aucune importance. C’est impardonnable, car protecteur de prébendes et déterminé à ne rien savoir construire.

Il faut le savoir : en Suisse, la démocratie est performante.

Le contraire la laisserait inopérante, comme ailleurs. Elle permet d’obtenir des résultats parce qu’il est demandé de trancher des questions aux peuples et aux cantons qui constituent le pays ; questions que les politiques ne savent pas ou ne désirent pas résoudre. Personne ne peut prétendre avoir raison ni obliger quiconque à se soumettre. Toutes et tous peuvent intervenir, personne n’est pas entendu. Un processus de décision est établi et reconnu.

Est-ce là une affirmation prétentieuse ? oui !

Car elle souligne l’insanité des régimes prétendant à LA démocratie. Ils ne fonctionnent que par délégation rituelle à des accapareurs de pouvoir, même si, de temps à autre, ils peuvent perdre une élection. Ils sont caractérisés par des palabres futiles, des manifestations insignifiantes, et des luttes de pouvoir entre les personnes et leurs idéologies plutôt qu’entre des propositions concrètes. C’est alors que l’appareil d’État se manifeste, souvent efficace, mais aussi profond ou sous-terrain, et se substitue à l’autorité politique. L’usage du référendum est honni par crainte d’une mauvaise décision alors même que c’est par ce processus que les erreurs peuvent être corrigées. C’est ainsi une condamnation au populisme qui est l’expression d’un manque général de sincérité, donc de courage.

Une question grave sera bientôt posée au peuple suisse, et aux cantons si le Parlement et le Conseil fédéral se montrent sincères en matière de respect de ce qui constitue notre pays : dans quelle mesure le renforcement des relations avec l’UE anéantira cette subsidiarité vécue, ce processus unique au monde de prise de décision vraiment démocratique ?

Et si, à l’instar de ses voisins, son régime de validation démocratique du bas vers le haut devenait inopérant, quelle serait encore la raison d’être de la Suisse ?


[1]     Voir mon billet à ce sujet : Limiter la population en Suisse à 10 millions ? 

[2]     Salade de chiffres : alors que le score final fut 55-45 % des voix et 12-8 cantons contre l’initiative, le rejet était à 65 % à Genève alors qu’Appenzell-Rhodes Intérieures l’acceptait à 65%. En Argovie, canton où je suis domicilié, elle fut acceptée par 51 % des voix mais rejetée à 70% à Aarau, ville de 23 000 habitants et chef-lieu du canton, et acceptée à 81 % à Schmiedrued, commune rurale de 1160 habitants. La participation de 59 % a été remarquablement plus élevée que d’habitude.


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