{"id":1073,"date":"2014-02-15T14:51:38","date_gmt":"2014-02-15T13:51:38","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.mr-int.ch\/?p=1073"},"modified":"2014-02-15T14:56:40","modified_gmt":"2014-02-15T13:56:40","slug":"leurope-pourquoi-sen-plaindre-comment-la-faire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.mr-int.ch\/?p=1073","title":{"rendered":"L\u2019Europe,  pourquoi s\u2019en plaindre, comment la faire."},"content":{"rendered":"<p>Il est de bon ton d\u2019accuser l\u2019Union europ\u00e9enne de tous les maux.<\/p>\n<p>Dans les \u00c9tats membres les gouvernants se d\u00e9faussent sur Bruxelles quand une politique est contest\u00e9e et ne pr\u00e9cisent jamais que ces mesures ont \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9es par le Conseil des ministres, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 pour les sujets les plus importants, donc par eux-m\u00eames. Le Conseil est d\u2019ailleurs le seul organe habilit\u00e9 \u00e0 d\u00e9finir la politique europ\u00e9enne, le parlement n\u2019y a en pratique que peu de pouvoir si ce n\u2019est de contr\u00f4le a posteriori. Il approuve aussi certaines lois mais n\u2019a aucun pouvoir propre d\u2019initiative l\u00e9gale. La Commission \u00e0 laquelle on fait le reproche d\u2019abuser de ses pouvoirs n\u2019en a en fait que peu, celui d\u2019ex\u00e9cuter les politiques d\u00e9cid\u00e9es par les chefs de gouvernements des \u00c9tats membres. Lorsque des d\u00e9cisions technico-administratives y sont prises c\u2019est par le vote des repr\u00e9sentants des \u00c9tats membres \u00e0 la majorit\u00e9 qualifi\u00e9e.<\/p>\n<p>La machine du machin europ\u00e9en n\u2019est d\u2019ailleurs pas si \u00e9norme et une grande partie de ses frais de fonctionnement est due \u00e0 la diversit\u00e9 linguistique (24 langues officielles). Le budget de l\u2019Union, aliment\u00e9 par les contributions pay\u00e9es par les \u00c9tats membres, repr\u00e9sente environ 1% du PIB total des membres de l\u2019Union et il est pour 94% redistribu\u00e9 \u00e0 ces m\u00eames \u00e9tats dans le cadre de programmes divers, dont plus de 30% sous formes d\u2019aides directes \u00e0 l\u2019agriculture.\u00a0 Il faut ajouter qu\u2019une petite portion du budget des \u00c9tats membres est aussi utilis\u00e9e pour participer aux divers travaux de l\u2019Union. Sans ces apports, souvent d\u2019experts, le travail de l\u2019Union serait impossible dans la petite structure bruxelloise.<\/p>\n<p>Mais l\u2019Europe d\u00e9range.<\/p>\n<p>Le pouvoir le plus important de la Commission est celui de nuisance car telles sont per\u00e7ues ses activit\u00e9s dans chaque domaine o\u00f9 les habitudes et les traditions de chaque pays vont \u00eatre mises en cause. Aussi, une d\u00e9cision commune implique un certain abandon de souverainet\u00e9 pour chaque \u00c9tat membre, ce qui n\u2019est pas facile \u00e0 vendre politiquement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de chaque pays. Et par le biais des subventions qu\u2019elle redistribue, la Commission s\u2019attache la complaisance de bien des groupes d\u2019int\u00e9r\u00eats, une forme institutionnelle de corruption. On adore les moyens financiers qui sont offerts et en m\u00eame temps on abhorre la d\u00e9pendance dans laquelle on est mis. Le corrompu n\u2019aime pas le corrupteur car il en d\u00e9pend.<\/p>\n<p>Dans des domaines plus politiques il faut se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence que l\u2019Union est une coquille assez vide. En mati\u00e8re de protections sociales les \u00c9tats membre sont jaloux de garder ce levier \u00e9lectoral sous leur contr\u00f4le. En politique \u00e9trang\u00e8re certains se r\u00e9jouissent du d\u00e9ploiement d\u2019un parapluie communautaire mais les grands, France et Royaume-Uni surtout, ne voient aucun avantage \u00e0 abandonner cette historique souverainet\u00e9. M\u00eame chose pour la d\u00e9fense\u00a0: la mise en commun de ressources et la d\u00e9signation d\u2019un commandement op\u00e9rationnel commun se heurte depuis longtemps \u00e0 des barri\u00e8res immenses. Vue de l\u2019ext\u00e9rieur l\u2019Union est pressentie comme importante mais non n\u00e9cessaire en soi.<\/p>\n<p>D\u2019autre part, bien que les travaux de l\u2019Union dans de multiples domaines soient pr\u00e9sent\u00e9s de mani\u00e8re assez transparente, ils effrayent. Chacun qui aura particip\u00e9 dans l\u2019une ou l\u2019autre des institutions, comit\u00e9s, consultations, etc. aura pu se rendre compte de l\u2019extr\u00eame complexit\u00e9 et de l\u2019excessive pr\u00e9caution avec lesquelles chaque sujet est abord\u00e9. C\u2019est une bureaucratie en vitrine et en marche. On sait que c\u2019est certainement pire dans chaque pays mais \u00e7a on l\u2019ignore volontiers car il s\u2019agit d\u2019institutions ayant \u00e9volu\u00e9 de mani\u00e8re organique au cours d\u2019une plus longue histoire. Dans son pays chacun est souvent voisin d\u2019un fonctionnaire local, un \u00eatre assez banal et normal\u00a0; mais\u00a0 presque personne ne connait un\u00a0 \u00abEuropean public-servant\u00bb, sauf peut-\u00eatre dans les environs de Bruxelles. Cela les rend myst\u00e9rieux et on les soup\u00e7onne de bien de privil\u00e8ges indus, ce qui a une part de vrai.<\/p>\n<p>Il reste le cas de la repr\u00e9sentativit\u00e9 et de la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019Union, non vis-\u00e0-vis des \u00c9tats membres mais vis-\u00e0-vis des citoyens. Ceux-ci restent tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s des institutions de l\u2019Union. Ils n\u2019y participent qu\u2019une fois tous les cinq ans par l\u2019\u00e9lection \u00e0 la proportionnelle d\u2019un faible parlement portant sur des enjeux peu significatifs pour la plupart. L\u2019Union est donc per\u00e7ue comme une construction technocratique, sinon autocratique, dont les acteurs, surtout la Commission, sont issus de sombres n\u00e9gociations. Un d\u00e9ficit d\u00e9mocratique est clairement ressenti quant \u00e0 la repr\u00e9sentativit\u00e9 des acteurs et quant au d\u00e9veloppement d\u2019une opinion politique europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>Vue de l\u2019ext\u00e9rieur l\u2019Union est per\u00e7ue comme un gros canard boiteux, impotent m\u00eame. Jamais on ne n\u00e9gocie qu\u2019avec l\u2019Union. On se rappelle la question pr\u00eat\u00e9e \u00e0 Henry Kissinger \u00ab\u00a0L\u2019Europe, quel num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone faut-il appeler\u00a0?\u00a0\u00bb. Pour des questions techniques on traitera bien avec la Commission mais sur les sujets institutionnels ou touchant aux pr\u00e9rogatives des \u00e9tats membres alors ce sont des tractations multilat\u00e9rales qui sont n\u00e9cessaires. Si pour s\u2019accorder avec la Suisse il fallait convaincre chaque canton un \u00e0 un les relations internationales de ce pays ne seraient pas bien d\u00e9velopp\u00e9es. C\u2019est pourtant ce qui se passe avec l\u2019Union europ\u00e9enne. La signature de l\u2019Europe ne vaut que par l\u2019unanimit\u00e9 de ses \u00e9tats membres, ce qui est difficile \u00e0 atteindre.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tout cela la construction europ\u00e9enne existe. Apr\u00e8s les conflits du XX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle elle a su \u00e9tablir une paix int\u00e9rieure que l\u2019on peut maintenant penser durable. Les termes des \u00e9changes \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019union ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablis, commerciaux bien s\u00fbr mais aussi scientifiques et culturels, des normes communes sont adopt\u00e9es, des r\u00e9gions enti\u00e8res ont pu se moderniser, la libre circulation des personnes est \u00e9tablie. L\u2019int\u00e9gration est incompl\u00e8te, imparfaite, mais en progression.<\/p>\n<p>Alors, au vu de toutes ces dol\u00e9ances et de ce projet inachev\u00e9, quels objectifs, quelle strat\u00e9gie et quelle forme l\u2019Europe devrait-elle avoir pour satisfaire la plus grande partie de ses habitants\u00a0? En gros trois variantes sont imaginables, chacune ayant des implications profondes pour la vie de chacun et de chaque communaut\u00e9.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">A.- l\u2019obstination dans la voie engag\u00e9e<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">B.- le d\u00e9mant\u00e8lement, total ou partiel<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">C.- la sublimation en un \u00e9tat f\u00e9d\u00e9ral<\/p>\n<h2>L\u2019obstination<\/h2>\n<p>C\u2019est la voie la plus probable car tous les acteurs savent jouer cette partition. Avec un savant m\u00e9lange de progressions et de contraintes on maintient chaque \u00e9tat et chaque individu dans un relatif confort, temp\u00e9rant les protestations par des subsides bien ventil\u00e9s.\u00a0 La politique locale (nationale) reste pr\u00e9pond\u00e9rante et les gouvernements s\u2019accommodent entre eux de mani\u00e8re pragmatique pour faire fonctionner le schmilblick. La Commission continue de se pr\u00e9tendre indispensable et on continue d\u2019en ignorer le nom et le nombre des commissaires. Et le Parlement continue d\u2019\u00eatre la gare de recyclage des politiciens locaux essouffl\u00e9s ou aspirant \u00e0 l\u2019\u00eatre. Tant que les budgets restent enti\u00e8rement entre les mains des \u00c9tats membres et qu\u2019aucun imp\u00f4t direct ou indirect n\u2019est per\u00e7u les citoyens nationaux continueront \u00e0 n\u2019y porter aucun int\u00e9r\u00eat sauf celui de s\u2019en plaindre au caf\u00e9 du commerce. Ce ne serait qu\u2019en cas d\u2019\u00e9normes maladresses dans la gestion commune que des r\u00e9voltes tangibles pourraient \u00e9merger.<\/p>\n<p>\u00c0 long terme ce sc\u00e9nario m\u00e8ne \u00e0 la d\u00e9cadence face au reste du monde qui, lui, se d\u00e9veloppe avec une tout autre dynamique sans se pr\u00e9occuper de ce qui se passe ou non sur le vieux continent.<\/p>\n<p>Dans ce sc\u00e9nario on continuera \u00e9ternellement \u00e0 se poser la question si l\u2019Europe doit \u00eatre ou ne pas \u00eatre. C\u2019est l\u2019\u00e9ternel provisoire qui dure.<\/p>\n<h2>Le d\u00e9mant\u00e8lement<\/h2>\n<p>Ce d\u00e9mant\u00e8lement peut se faire selon deux axes, l\u2019un par le d\u00e9part de certains \u00c9tats membres pour former ou non une autre union, l\u2019autre par le retour de certaines comp\u00e9tences aux \u00c9tats membres. Dans le premier cas une sortie du Royaume-Uni ou de la France serait beaucoup plus probl\u00e9matique que celle de la Gr\u00e8ce, de l\u2019Irlande ou du Portugal. Mais un pays sortant reste voisin des autres et il lui sera immens\u00e9ment difficile de ne pas reprendre telle quelle la l\u00e9gislation europ\u00e9enne pr\u00e9sente et \u00e0 venir. Se poserait donc la question de l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 faire s\u00e9cession. Si c\u2019est pour renouer par accords bilat\u00e9raux des liens identiques \u00e0 ceux que l\u2019Union a d\u00e9j\u00e0 mis en place l\u2019exercice serait futile, donc populiste. Si c\u2019est pour changer radicalement de politique alors les ex-partenaires pourront avoir raison de consid\u00e9rer que les conditions des \u00e9changes deviennent artificiellement biais\u00e9es et qu\u2019une concurrence d\u00e9loyale en r\u00e9sulte. Source de conflits pouvant aller loin, tr\u00e8s loin m\u00eame comme l\u2019histoire nous l\u2019enseigne.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 faire cela partiellement en r\u00e9duisant la voilure de l\u2019Union pour restituer des comp\u00e9tences aux \u00e9tats membres ce serait tr\u00e8s difficile et aussi peu efficace. Il y a d\u2019ailleurs tr\u00e8s peu de comp\u00e9tences d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es \u00e0 la commission qui ne soient sous le contr\u00f4le du Conseil. Pour faire marche arri\u00e8re sur l\u2019\u00e9norme paquet r\u00e9glementaire dont elle a accouch\u00e9 depuis sa fondation \u2013 \u00e9liminer des lois et r\u00e8glements \u00e0 Bruxelles \u2013 il faudrait en \u00e9tablir d\u2019autres dans chacune des 28 capitales, plus simples et plus malins bien entendu, mais tout aussi difficiles \u00e0 concevoir et \u00e0 mettre en place.<\/p>\n<p>Et aussi se poserait la question de ce qui viendrait apr\u00e8s\u00a0: quels objectifs, quelle position dans le monde pour ce qui resterait de l\u2019Union et pour les \u00e9tats redevenus plus ou moins ind\u00e9pendants.<\/p>\n<p>Il semble bien qu\u2019une fois une telle union \u00e9tablie il est difficile de la d\u00e9structurer sans que d\u2019immenses conflits en r\u00e9sultent. Cela ne vaudrait \u00e9ventuellement la peine que si un autre projet pouvait susciter un grand enthousiasme, mais rien de cela n\u2019est visible \u00e0 l\u2019horizon.<\/p>\n<h2>La sublimation<\/h2>\n<p>C\u2019est ce que craignent les plus eurosceptiques qui pensent pouvoir vivre mal avec le premier, et mieux avec le deuxi\u00e8me sc\u00e9nario ci-dessus, mais surtout pas avec celui-ci.<\/p>\n<p>Le sch\u00e9ma \u00e0 suivre serait celui de l\u2019union des \u00e9tats am\u00e9ricains ou de la conf\u00e9d\u00e9ration des cantons suisses. Il s\u2019agit de d\u00e9l\u00e9gation de comp\u00e9tences l\u00e9gislatives et ex\u00e9cutives \u00e0 un niveau dans lequel l\u2019entier des fonctions d\u00e9mocratiques se d\u00e9ploie\u00a0: mise en place d\u2019une constitution et des institutions correspondantes, \u00e9lections, formation d\u2019un gouvernement, l\u00e9gislation souveraine, contr\u00f4le populaire par voie de r\u00e9f\u00e9rendum et d\u2019initiative, cour de justice ind\u00e9pendante, lev\u00e9e d\u2019imp\u00f4ts ou de taxes centrales (donc diminution ailleurs\u2026), budget en \u00e9quilibre, etc.<\/p>\n<p>Comme en Suisse le canton de Zoug ou de Glaris, ou aux USA un \u00e9tat tel que Rhode Island ou le Wyoming, un petit pays pourrait s\u2019y retrouver et appr\u00e9cier le jeu d\u2019institutions aussi respectueuses et protectrices des int\u00e9r\u00eats des \u00ab\u00a0r\u00e9gions oubliables\u00a0\u00bb que des priorit\u00e9s des grands ensembles urbains et g\u00e9ographiques.<\/p>\n<p>Cela exige que les limites de comp\u00e9tences, la fameuse subsidiarit\u00e9, soient tr\u00e8s bien d\u00e9limit\u00e9es dans une constitution claire et simple plut\u00f4t que dans des trait\u00e9s si volumineux que personne n\u2019en connait plus les d\u00e9tails importants. Cela exige aussi une autorit\u00e9 de l\u2019\u00e9tat central sur les constituants locaux dans les domaines r\u00e9galiens qui lui sont impartis, cette autorit\u00e9 \u00e9tant d\u00e9riv\u00e9e de l\u2019adoption de la constitution, des \u00e9lections et des sanctions d\u00e9mocratiques faites simultan\u00e9ment par tous les citoyens europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr il faudra continuer \u00e0 se pr\u00e9occuper de tout et de rien, de la comp\u00e9titivit\u00e9 d\u2019une agriculture plus respectueuse de l\u2019environnement face \u00e0 des conditions plus laxistes ailleurs, il faudra normaliser la taille des prises \u00e9lectriques, approuver ou interdire des nouveaux m\u00e9dicaments, etc. Mais cela sera fait sous un contr\u00f4le plus direct et plus d\u00e9mocratique des institutions que \u00e7a n\u2019est le cas actuellement.<\/p>\n<p>Avec une monnaie unique il faudra \u00e9viter que les ajustements de diff\u00e9rences structurelles et conjoncturelles entre pays ne se fasse que par l\u2019adaptation des salaires comme actuellement en Allemagne, par le ch\u00f4mage comme en France, ou les deux comme au sud de l\u2019Europe. Un syst\u00e8me de p\u00e9r\u00e9quation avec transferts budg\u00e9taires entre pays ou r\u00e9gions sera indispensable, comme cela se passe pr\u00e9sentement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de chaque pays. Il faudra aussi veiller \u00e0 ce que ceci ne cr\u00e9e pas des m\u00e9canismes corrupteurs de subventions accord\u00e9es et contr\u00f4l\u00e9es selon les go\u00fbts exclusifs du gouvernement central.<\/p>\n<p>Certains ressentiront des pertes inacceptables\u00a0: le pr\u00e9sident fran\u00e7ais (si tant est que la France ait encore besoin d\u2019un tel personnage) n\u2019aura plus la possibilit\u00e9 d\u2019engager son pays dans la guerre, l\u2019administration grecque ne pourra plus se tromper dans les comptes de l\u2019\u00e9tat, la r\u00e9gion catalane espagnole n\u2019aura m\u00eame plus de raisons de penser \u00e0 son ind\u00e9pendance. Ce sont les peuples qui y gagneront par une meilleure efficience des institutions (\u00e0 condition qu\u2019on ne construise pas un autre mille-feuille \u00e0 la fran\u00e7aise), une place plus comp\u00e9titive de l\u2019Europe dans la cacophonie des nations, et un sentiment d\u2019\u00eatre un citoyen \u00e0 part enti\u00e8re de cet ensemble.<\/p>\n<p>Cela comporte aussi des risques dont le premier est celui de la vanit\u00e9, du surdimensionnement et de l\u2019hyper-exploitation m\u00e9diatique des nouvelles institutions. Un autre risque majeur \u00e9tant l\u2019opposition de puissants cercles conservateurs (de tous bords politiques), en particulier dans les grands pays n\u2019ayant jamais r\u00e9ellement remis en question le fondement de leur culture politique (France, Royaume Uni).<\/p>\n<p>Mais le plus gros risque de ce sc\u00e9nario est qu\u2019elle ne soit jamais test\u00e9, ou si timidement que cela reviendra, en pire encore, au premier sc\u00e9nario de l\u2019obstination.<\/p>\n<h2>Options pour la Suisse<\/h2>\n<p>Une crise a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par le r\u00e9sultat de la votation du 9 f\u00e9vrier 2014 qui, \u00e0 une faible majorit\u00e9 de 50,3%, remet\u00a0 en cause la libre circulation des personnes entre Suisse et UE. Et il est impossible de pr\u00e9voir si cette crise sera salutaire ou non.\u00a0 Cela r\u00e9v\u00e8le en tous cas que les opinons sont tr\u00e8s vari\u00e9es et, ce que les eurocrates craignent comme la peste, cela se r\u00e9pande \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des pays membres. Tous les d\u00e9tenteurs de l\u2019institution europ\u00e9enne ont r\u00e9agi dans ce sens. Cela peut donner du poids \u00e0 la position de la Suisse mais aussi cela peut enrager son partenaire europ\u00e9en qui pourrait \u00eatre tent\u00e9 de faire un exemple, ce qui est plus facile avec ce petit pays non-membre qu\u2019avec un \u00c9tat Membre.<\/p>\n<p>Tant que l\u2019Union s\u2019obstine dans la voie d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9e il est de l\u2019int\u00e9r\u00eat de la Suisse de ne clore des trait\u00e9s qu\u2019au coup par coup en \u00e9vitant une reprise automatique des modifications l\u00e9gales que L\u2019Union pourrait d\u00e9cider apr\u00e8s signature. Si un accord institutionnel plus large \u00e9tait conclu qui inclurait cette reprise automatique alors elle se mettrait dans un \u00e9norme d\u00e9savantage par rapport \u00e0 chaque pays membre qui peut, lors de chaque changement, s\u2019am\u00e9nager des exceptions. Elle doit aussi refuser cat\u00e9goriquement la d\u00e9signation de juges \u00e9trangers qui pourraient \u00eatre comp\u00e9tents pour recaler des d\u00e9cisions vot\u00e9es selon nos lois et coutumes. On sait bien qu\u2019on ne pignotera pas sur des normes techniques et des ajustements logiques, mais on restera alerte sur les questions essentielles, tel par exemple le maintien des droits r\u00e9f\u00e9rendaires \u00e9tablis dans Constitution f\u00e9d\u00e9rale. Et si la Suisse ne veut ni reprise automatique ni juges \u00e9trangers, l\u2019Union ne peut pas les lui imposer, cela s\u2019appelle le non-n\u00e9gociable.<\/p>\n<p>Si par ailleurs l\u2019Union devait prendre le chemin du d\u00e9mant\u00e8lement, alors c\u2019est bien cette voie de trait\u00e9s bilat\u00e9raux qui servirait de base pour continuer nos relations avec chaque \u00e9tats ou groupe d\u2019\u00e9tats qui en r\u00e9sulterait.<\/p>\n<p>Enfin, si d\u2019aventure l\u2019Europe se sublimait en f\u00e9d\u00e9ration la Suisse ne devrait pas avoir de grandes difficult\u00e9s \u00e0 s\u2019y rallier. Mais avant cela elle a besoin de le voir pour y croire\u00a0! Il est en tous cas certain que la Suisse ne fera <s>pas<\/s> jamais partie de l\u2019Union europ\u00e9enne dans sa forme actuelle.<\/p>\n<p>Elle saura, j\u2019esp\u00e8re, jouer le jeu diplomatique subtil qui l\u2019a caract\u00e9ris\u00e9e jusqu\u2019ici (h\u00e9las il y eu des exceptions) et tirer un avantage maximum de sa d\u00e9mocratie directe qui est un \u00ab\u00a0killer argument\u00a0\u00bb contre toute forme d\u2019autoritarisme que, par trait\u00e9s, on voudrait lui imposer. Pour faire un exemple il faut retirer officiellement la demande d\u2019adh\u00e9sion, (encore existante bien que presque momifi\u00e9e) pour constater qu\u2019en l\u2019\u00e9tat elle est impossible et pour mettre l\u2019Europe devant ses responsabilit\u00e9s\u00a0: elle doit vivre en bonne harmonie avec ses voisins, surtout quand elle jouit d\u2019une balance commerciale favorable comme avec la Suisse.<\/p>\n<p>Pour cela le Conseil f\u00e9d\u00e9ral, appuy\u00e9 par une majorit\u00e9 multi-partisane au Conseil national et au Conseil des \u00c9tats, doit formuler une politique claire et sans ambages. Cela devient un d\u00e9fi encore plus grand avec le vote du 9 f\u00e9vrier. Les r\u00e9centes d\u00e9clarations du Pr\u00e9sident de la Conf\u00e9d\u00e9ration vont dans le bon sens mais ne d\u00e9crivent pas assez nettement la strat\u00e9gie choisie, ni n\u2019expriment de mani\u00e8re suffisamment forte la d\u00e9termination n\u00e9cessaire. Ce n\u2019est pas s\u2019affaiblir vis-\u00e0-vis de la partie adverse que de dire ce que l\u2019on veut, l\u2019ouverture \u00e0 l\u2019attaque vaut mieux que se d\u00e9fendre timidement et botter en touche.<\/p>\n<p>Il est devenu indispensable que la politique europ\u00e9enne de la Suisse jouisse du soutien de la grand majorit\u00e9 des Suisses, y compris des populistes UDC\/SVP qui, couardement tel le serpent dans sa fosse, semblent se r\u00e9jouir \u00e0 l\u2019avance que le Conseil f\u00e9d\u00e9ral s\u2019encouble, ce qui est une posture peu patriotique. Nous n\u2019avons pas l\u2019habitude de rendre public des programmes de ce genre\u00a0; dans le cas des relations avec l\u2019Europe il devient indispensable d\u2019en avoir le courage.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est de bon ton de se paindre de l&rsquo;Union europ\u00e9enne. Pourtant elle existe et peut \u00e9voluer dans trois directions: l&rsquo;obstination dans la situation peu satisfaisante actuelle, le d\u00e9mant\u00e8lement partiel ou total, ou la sublimation en une f\u00e9d\u00e9ration.<br \/>\nLes buts et m\u00e9thodes que la Suisse va suivre pour n\u00e9gocier avec les 28 pays membres et l&rsquo;UE doivent \u00eatre clairs, communiqu\u00e9s, et largement soutenus.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":1070,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":10,"footnotes":"","_links_to":"","_links_to_target":""},"categories":[12],"tags":[],"class_list":["post-1073","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-politics-fr"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.mr-int.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1073","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.mr-int.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.mr-int.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.mr-int.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.mr-int.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1073"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.mr-int.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1073\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.mr-int.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1070"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.mr-int.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1073"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.mr-int.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1073"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.mr-int.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1073"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}