Chaleurs en vogue

Chaleurs en vogue

Dans un article remarquable que Roger Pielke Jr vient de publier[1] se trouve l’essentiel de ce que n’est pas la cause d’une vague de chaleur, ou de tout autre phénomène météorologique. Il sera bon de s’en souvenir.

Il réfute avec raison ce que l’on entend à chaque téléjournal, dans chaque discours politique, et même de la part de météorologues : non, le changement climatique n’est pas la cause de l’augmentation de ce risque.

Pourquoi : parce que le changement climatique est en lui-même la conséquence de causes diverses. Ce sont ces causes-là qui sont à considérer. Le climat change, qu’il y ait plus de ceci ou moins de cela en fait partie.

Pour que l’on comprenne bien, Pielke utilise l’analogie de la fièvre qui ferait monter la température du corps alors que température et fièvre sont toutes deux la même manifestation d’un état maladif, causé par une infection bactérienne peut-être, ou autre chose.

Donc, alors que ça change il faut en comprendre les causes, surtout de cette particularité qui touche maintenant l’Europe de l’Ouest. Il documente d’abord la plus haute fréquence et la plus forte intensité des vagues de chaleur en Europe depuis 1950. C’est un fait qu’il serait futile et faux de contredire.

Il y a bien sûr le forçage radiatif induit par l’augmentation de la concentration en CO2 dans l’atmosphère, elle-même causée par des émissions d’origine humaine. Mais il n’y a pas seulement ce bouton du thermostat qui fut montré dans une campagne européenne de sensibilisation du public en 2006 (image de tête de l’article) pour dé-dérégler ce qui aurait été sous contrôle auparavant.

Trois autres causes participant aux modifications de la circulations atmosphérique sont identifiées qui concernent particulièrement l’Europe de l’Ouest. Des sols asséchés d’où l’eau ne s’évapore plus, un refroidissement qui manque. Un air plus propre contient moins de fumées et d’aérosols qui reflètent moins le rayonnement du soleil. La correction de cette pollution par désulfurisation du fioul et les filtres et laveurs des échappements industriels a ainsi un effet paradoxal de réchauffement. «No hay mal que por bien no venga» disait Sancho Panza à Don Quichotte. Et il y a la chaleur accumulée par les océans et le Nord de l’Afrique et la péninsule ibérique qui chauffe encore plus les vents venant de l’Ouest et du Sud.

De plus, dans les îlots de chaleur urbains, là ou vivent 79 % des habitants de la France, des températures encore plus élevées sont ressenties.

Mais avant tout, ce que Pielke souligne, c’est la complexité du système qui ne permet pas l’attribution d’un effet à une simple cause et encore moins d’en évaluer les dimensions. Chacune des causes possibles a une influence sur les autres. Certains « scientifiques » se préparent en commettant des études qui attribuent de manière univoque des dégâts chiffrés aux activités de compagnies industrielles. La justice pourrait alors être saisie avec des preuves de causalité, donc de culpabilité.[2]  Tels exercices sont de la barbarie scientifique que Pielke nous aide à débusquer.

Répétons-le : ces études d’attribution ne sont pas scientifiques

S’il est bien clair qu’à terme, les émissions de CO2 et d’autres gaz à effet de serre doivent être réduites, voire éliminées, on sait maintenant que cela ne se fera pas dans l’urgence ; personne n’y est vraiment disposé, ni n’en a les moyens, sauf des rêveurs. Et cela prendra des décennies, voire des siècles, même avec de la bonne volonté. Par ces vagues de chaleur, ces rêveurs se sont vus confrontés à leur idéologie qui médisait des mesures d’adaptation, la climatisation des locaux par exemple, au prétexte que cela détournerait de la sainte voie de la décarbonisation. Résoudre le problème ainsi n’était jusqu’ici pas conforme à leur dogme. Sancho Panza aura encore raison si les canicules de cette année peuvent leur permettre d’apprendre à garder leur sang-froid.


[1]     Why Europe’s Heat Waves Are Getting Worse
https://rogerpielkejr.substack.com/p/why-europes-heat-waves-are-getting (pour abonnés)

[2]     « Emissions linked to Chevron, the highest-emitting investor-owned company in our data, for example, very likely caused between US $791 billion and $3.6 trillion in heat-related losses over the period 1991–2020, disproportionately harming the tropical regions least culpable for warming.
… Drawing quantitative linkages between individual emitters and particularized harms is now feasible, making science no longer an obstacle to the justiciability of climate liability claims.” (in the paper’s abstract)
On appréciera le journal encore prétendu de référence scientifique où cela a été publié, avec revue par des pairs peu critiques, puisque pairs dans une même cohorte.
Callahan, C.W., Mankin, J.S. Carbon majors and the scientific case for climate liability.
Nature 640, 893–901 (2025). https://doi.org/10.1038/s41586-025-08751-3


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