L’écosystème de l’écologisme climatique

L’écosystème de l’écologisme climatique

Les grandes questions climatiques restent en suspens car seul le temps dira à nos générations futures quelle aura été son évolution réelle. Issu de soucis justifiés ou d’anxiétés suggérées, un écosystème s’est développé autour de ce sujet au cours des dernières décennies. Sa dominance idéologique se manifeste par des actes d’autorité, eux-mêmes fondés sur des preuves dites scientifiques alors qu’elles ne sont que spéculations[1]. Le naïf croira que les expertises livrées par le GIEC[2] ont valeur de catéchisme. Il n’aura pas tort puisque tout personne exprimant un doute ou avis contraire n’est désormais plus du tout invitée à en débattre.

L’écosystème climatique a plusieurs composantes unies par des interactions fortes dont trois noyaux professionnels – recherche scientifique, institutions, marché du carbone – et une floppée d’organisations non gouvernementales, sans compter leurs militants et idiots utiles de la presse et des médias. Dans chacun de ces milieux les motivations profondes peuvent diverger fortement, voire s’opposer. Un chercheur préoccupé par les conclusions qu’il tire de ses travaux n’aura pas grand-chose en commun avec un militant d’Extension Rebellion, ni avec un promoteur d’énergies renouvelables, un journaliste militant ou un parti néomarxiste. Pourtant une chose les unit, un credo devenu immuable : le réchauffement climatique d’origine humaine (Anthropogenic Global Warming, AGW en anglais). Immuables sont aussi la catastrophe promise en cas d’inaction et le devoir, quoi qu’il en coûte, de décarboniser au plus vite toutes les activités humaines.

Tout scientifique, doctorant, chercheur, technicien ou professeur titulaire, ne peut être qu’envieux de ses collègues engagés dans des programmes concernant le climat. C’est devenu tellement bankable que chaque proposition de recherche se verra justifiée par des implications relatives au changement climatique, qu’il s’agisse d’apnées du sommeil ou de chasse aux exoplanètes ou aux muons. Tel esprit de survie de ces travailleurs de la science mérite miséricorde. Cela devient pourtant intolérable lorsque des groupes de recherches sont constitués pour prouver des thèses préétablies, comme c’est maintenant le cas de l’initiative WWA (World Weather Attribution) dont l’objectif est de déterminer sans délai la cause primordiale de tout événement météorologique ; bien évidemment, il la faudra anthropique sinon cela ne servirait à rien. Telles attributions sont du pain béni pour initier des litiges, faire entrer les tribunaux dans l’écosystème et condamner entreprises et gouvernements pour leur laxisme climatique ; le problème est qu’elles ne peuvent être que mensongères ou proférées au conditionnel, anti-scientifiques en tous cas. Un chapitre du prochain rapport du GIEC sera dédié à ces tartuferies, on croyait Lyssenko enterré ! Notons l’avantage terriblement logique de telles initiatives : il est impossible de les réfuter, car une non-cause ne se prouve pas. Seule la probité du chercheur permet d’y résister, ce que ne savent pas faire les corrompus de service dans des universités et écoles de haut niveau, à Zurich, Berne ou ailleurs.

Dans chaque pays et dans des institutions internationales, une pléthore de fonctionnaires est dédiée à la question climatique : ministères, agences, offices et services chargés de réglementer, de contrôler et de participer à des conférences importantes. Les tribunaux entrent maintenant aussi en scène. Ce ne sont ni des idiots ni des paresseux, ce qui a pour conséquence qu’ils nous accablent de prescriptions et de surinformation à propos de ce qui pourrait se passer dans un siècle et des efforts à produire aujourd’hui pour que cela se passe peut-être autrement demain.

Des marchés sont nés, celui des énergies dites renouvelables et du carbone. Cela consiste à acheter des indulgences pour émissions de CO2 que les États rendent obligatoires et dont la valeur fluctue dans des bourses spécialisées. Il y a aussi le compliance business qui offre ses services de mise en conformité, de certification et d’audit. Les comptables ne parlent plus seulement monnaie mais ESG, durabilité et autres hochets sous forme de crédit/débit CO2.

Pour assurer le service avant-vente et la mise au pilori des récalcitrants, des organisations non gouvernementales de grande ampleur (WWF, Greenpeace) ou un peu ridicules tant que pas encore sanctifiées par des décisions judiciaires (Les Grands-parents pour le climat) noyautent les congrès scientifiques et les conférences politiques, menacent de procès les entreprises ou les administrations publiques, s’invitent aux débats publics et y font désinviter leurs opposants, et organisent des manifestations, toujours pacifiques, comme de bien entendu par les casseurs de vitrines et de flics.

Il est inutile de répéter les habituelles litanies à l’égard de la presse et des médias. De plus, et c’est une caractéristique de la causa climatica, des médias spécialisés et militants y sont entièrement dédiés (Carbon Brief, Climate Home News, Reporterre, Le Monde Planète, etc.) pour jouer un rôle de relai avec les chercheurs bien intentionnés à leur égards et d’influenceur pour le monde politique, à l’exemple des chauffeurs de salle de la Convention Citoyenne pour le Climat française de 2019. Bien sûr jamais dupes, les journalistes exploitent ce fructueux marronnier sitôt que l’actualité n’est pas occupée par une guerre ou des jeux olympiques.

Ce système n’a pas besoin d’organisation formelle et de hiérarchie, il est formé de diverses tribus associées en un clan global pour défendre le credo commun et, plus prosaïquement, pour des subsides et prébendes qui leur sont maintenant attribués comme un dû. Il est d’une sensibilité extrême, peut-être plus encore que le climat ne l’est en réponse à la concentration de CO2 dans l’atmosphère. Sa mobilisation est exemplaire.

Par exemple, aux États-Unis en été 2025, il n’aura fallu que cinq semaines à un groupe de 85 chercheurs pour réfuter en 459 pages un rapport[3] de 151 pages publié par le US Department of Energy qui l’avait commandité à cinq scientifiques quelque peu contrarians, reconnus pour la valeur de leurs travaux et de leurs carrières, mais répudiés par un milieu qui leur reproche leur hérésie. Cet échange de pavés effectué, plus rien ne se passe, chacune et chacun campant sur ses positions. Ce n’est même pas une drôle de guerre.

Tout système produit les substances immunitaires qui sont nécessaires à son maintien. Le cœur du sujet n’a alors plus d’importance, il sera reporté aux calendes grecques alors que c’est la survie dudit système qui compte et qui ne tolère aucune anicroche. En petit, cela s’appelle corporatisme mais à l’échelle de la planète c’est d’un retour à une inquisition générale et pervasive dont il s’agit.

Les dimensions de cet écosystème ne sont pas connues, et ce d’autant plus que de nombreux parasites s’y sont attachés au fur et à mesure que cela prenait de l’ampleur. Une simple COP fait se déplacer 30-40 000 personnes et fait occuper un nombre équivalent dans les rédactions et chancelleries du Monde entier. Les ordres de grandeur que l’on peut imaginer sont énormes et inédits, de 750 000 à 1 500 000 personnes engagées générant des coûts de 100 à 200 milliards de dollars par année. Cela équivaut aux revenus fiscaux d’États comme l’Autriche ou le Mexique ou au PIB du Kenya ou de la Grèce.

Tout ça pour ça ?

Plus fondamentalement, il faut se demander si la nature du résultat escompté – contenir le réchauffement climatique causé par l’activité humaine – permet une évaluation qui justifierait les moyens utilisés. Rappelons que les politiques publiques ou les entreprises privées ne sont pas des puits financiers sans fond ; utiliser un milliard par ici signifie toujours renoncer à l’utiliser ailleurs. C’est la question que pose Bjorn Lomborg et son Copenhagen Consensus depuis plus d’un quart de siècle et à laquelle personne, sauf hors micro, ne veut répondre.

Ce serait pourtant exagéré de considérer toutes ces personnes comme des inutiles à renvoyer à des champs qu’elles ne sauraient pas même cultiver. Les éliminer ne ferait ni disparaître le problème ni calmer les esprits. Mais en faut-il autant, et de cette sorte défiante et inquisitrice ? Aucune découverte scientifique, aucune innovation technique, aucun progrès n’a jamais dépendu d’un système, mais d’actions, d’essais et erreurs, de succès et de revers. Aucune politique ne peut être conduite par des Gremiums mais par des hommes et femmes responsables, capables de jugement et de volonté. On ne les trouve donc pas, ou plus, dans cet écosystème de l’écologisme climatique qui a ceci de démoniaque qu’il a atteint une masse critique au-delà de laquelle il vit par lui-même plus que par les objectifs qu’il se serait donnés. Il n’enchante personne mais nous colle à la peau comme le sparadrap du Capitaine Haddock. À défaut de pouvoir l’éradiquer, trois comportements sont dès lors possibles :

  • Adhérer pleinement à la doxa, sans si ni mais, car cela vous excommunierait.
    Probabilité : moyenne.
    Impact : énorme pour les coûts immédiats, impossible à estimer pour les hypothétiques bénéfices ou évitements de dégâts futurs.
  • Fuir, s’échapper, même en faisant semblant d’y croire, afin de gagner quelques degrés de liberté et de la tranquillité. Lisez les rapports ESG d’entreprises cotées en bourse, elles ont compris que l’hypocrisie paie.
    Probabilité : forte.
    Impact : nul par définition.
  • Y opposer une critique sévère et argumentée, en toute occasion. Cet article en est un exemple. Il paraît que même Sisyphe trouvait des instants de bonheur dans des tâches fatigantes et sans fin.
    Probabilité : infime.
    Impact : symbolique.

Votre choix, libre et éclairé, sera le bon.

Kaiseraugst (Suisse), à l’équinoxe du printemps 2026


[1]     Rappelons que les modèles utilisés ne sont pas spéculatifs mais ils prétendent à une représentation du réel, ce qui est un travail éminemment scientifique. La nécessaire validation de ces modèles reste le défi majeur posé aux climatologues. Leurs lacunes, les marges d’erreur et les vastes incertitudes qui y sont associées devraient freiner l’élaboration de scénarios spéculatifs. Il n’en est pourtant rien ; bien au contraire, ce sont les scénarios du pire qui sont utilisés pour alimenter l’alarmisme ambiant. Cela n’a alors plus rien de scientifique.

      Rappelons que toutes les spéculations sont bonnes, car l’une d’entre elles pourra finir par se révéler correcte. Cela ne lui conférera aucune valeur scientifique ou divinatoire.

[2]     Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat( GIEC, en anglais Intergovernmental panel on climate change,  IPCC) est un organisme intergouvernemental chargé d’évaluer l’ampleur, les causes et les conséquences du changement climatique d’origine humaine en cours.

[3]     DOE: A Critical Review of Impacts of Greenhouse Gas Emissions on the U.S. Climate
Dessler, Andrew E. and Kopp, Robert E. (editors): Climate Experts’ Review of the DOE Climate Working Group Report


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